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Les Patriotes de 1837@1838 - 1837 sur Internet : Nouveau média, vieille histoire
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1837 sur Internet : Nouveau média, vieille histoire
Article diffusé depuis le 09-juin-2002
 


Version écourtée d'un article devant paraître dans le Bulletin d'histoire politique à l'automne 2002.

Par Gilles Laporte et David Milot

Qu'est-ce qui caractérise la représentation des Rébellions de 1837-1838 sur Internet ? Elle est rétrograde. Qu'est-ce qui explique par ailleurs l'abondance de sites portant sur ce thème ? Sa capacité à se prêter à la récupération politique. Quelle est la valeur de ce qu'on retrouve ? Elle est faible, mais ce contenu est au moins accessible et gratuit. Pour mieux répondre à ces questions et surtout pour justifier ces réponses lapidaires (et pour l'instant simplistes), nous poserons d'abord une série de constats qui doivent selon nous être pris en compte à propos de la production en histoire du Québec sur Internet. Nous serons alors à même de vérifier ces constats à travers une exploration sommaire des sites portant, de près ou de loin, sur les Rébellions de 1837-1838.

I. LES CONSTATS

Le premier constat est à l'effet que, placées au cœur tant axiomatique que chronologique de l'histoire du Québec, les Rébellions sur le Web, compte tenu du désordre taxonomique qui caractérise encore la toile, sont généralement confondues avec des sites dont la portée embrasse toute l'histoire du Québec et du Canada. Par conséquent, ce qu'on constatera à propos du traitement des Rébellions, se vérifie généralement à propos d'autres thématiques, si on exclut la dimension plus spécifiquement «nationaliste» de ces événements.

Le second constat est qu'Internet se comporte à propos des Rébellions, comme en bien d'autres matières, comme un média de masse, à l'instar de la télévision ou des magazines. Disons qu'on table sur des concepts et une prose simples et accessibles, qu'on privilégie les dimensions spectaculaires, comme le militaire et la répression par exemple, qu'on insiste sur le factuel aux dépens de l'analyse et qu'on fait surtout ressortir les aspects liés à la conjoncture contemporaine changeante: anniversaires, débat sur la souveraineté ou sortie d'un film de Pierre Falardeau sur les patriotes par exemple. En revanche, la production historique sur le Web demeure l'apanage d'artisans isolés et soucieux de leur indépendance, contrairement aux mass média, contrôlés par les maîtres de la mise en marché idéologique. Signalons aussi, comme nous le verrons plus loin, que ce trait traduit autant la «demande», telle qu'elle s'exprime par les requêtes des internautes, que «l'offre» telle qu'elle se manifeste à travers le contenu des sites consacrés au thème des Rébellions.

Les recherches sérieuses en histoire du Québec sur Internet stagnent et souffrent en particulier du peu de communications entre ses artisans et d’un manque de considération des bailleurs de fonds pour ce nouveau médium. Dans un article paru dans ces pages en 1997 et portant le titre éloquent de «La mémoire du Québec sur Internet: tout reste à faire», nous faisions déjà mention du peu de cohésion dont souffrait l'étude de l'histoire du Québec sur le Web. Bien sûr, tous conviendront du remarquable rattrapage réalisé depuis. Cependant, la croissance globale d'Internet est telle que la présence de l'histoire du Québec semble en fait éprouver du mal à suivre le rythme. Pis encore, l'étude de l'histoire du Québec en général et des Rébellions en particulier demeure plus que jamais liée à des initiatives isolées, souvent individuelles, courageuses certes, mais marquées par l'amateurisme et le sous-financement.

En 1997 nous pouvions écrire qu'Internet sied mal aux communautés dont l'identité, comme le Québec, découle surtout d'un enracinement géographique et historique. Un «peuple» par exemple. Ce constat ne s'avère cependant plus. Quiconque consulte le Web à la recherche de sites sur la culture et l'histoire du Québec trouvera un nombre impressionnant de liens à des sites, généralement d'un militantisme fervent. Les souverainistes québécois en particulier puisent abondamment dans l'histoire, qu'on pense par exemple au méga-site Vigileou à l’anneau souverainiste, initiative intéressante de pages personnelles regroupées autour d'une préoccupation commune. Tout semble démontrer que, face au danger de l'évanouissement des communautés géographiques dans le cyberespace, les chevaliers de la société distincte aient fait en sorte d'occuper fermement l'espace virtuel afin de constituer une vitrine privilégiée de l'identité québécoise et de sa lutte pour l'affirmation culturelle. L'histoire en sort-elle cependant mieux servie ?

Cinquièmement, si nous pouvions affirmer en 1997 la prépondérance des grandes institutions fédérales dans le champ de l'histoire du Québec, ce constat doit aussi être révisé. Bien sûr, les sites de Parcs Canada (Lieux historiques nationaux) ou de la Bibliothèque nationale du Canada demeurent des «incontournables», mais, pour l'essentiel, les contenus en ligne portant sur l’histoire du Québec sont désormais surtout diffusés par une myriade de petits sites personnels, concoctés par des professeurs ou des amateurs d'histoire, qui rivalisent désormais au sortir des engins de recherche Google et Yahoo! avec ceux des institutions officielles et leur disputent hardiment les internautes.

Le sixième constat est la singulière absence sur la toile des historiens «de métier», le règne à peu près intact du papier sur les bits au sein des universités et des instituts de recherche et une foi trempée pour des technologies fermées comme les cédéroms, les serveurs institutionnels verrouillés ou intranet. On peut même parler de recul à certains égards depuis 1997, tant est notable la stagnation de la plupart des sites des universitaires, des groupes de recherche, des éditeurs et des instituts ou départements d'histoire. Des sites, ne nous y trompons pas, que les internautes fréquentent d'ailleurs de moins en moins. Un simple regard sur la toile permet de constater que les sites produits par des professeurs d'histoire de niveau secondaire ou collégial valent en général bien plus le détour que ceux produits par les universitaires. Tour d'ivoire ? Corporatisme ? Paresse ? Âge moyen des chercheurs universitaires? Peu importe, c'est quand même à cette incurie des universitaires qu'il faut imputer notre dernier constat à propos de la «couverture» de l'histoire du Québec et des Rébellions de 1837-1838 sur Internet.

Ce dernier constat nous porte à conclure que le contenu en ligne portant sur les Rébellions s'avère en général l'œuvre d'auteurs amateurs, s'inscrivant peu ou pas du tout dans les débats historiographiques actuels. Généralement «juste» et de «qualité», le matériel en ligne traduit le plus souvent une vision simpliste de ces événements. Le contenu des sites francophones traitant des patriotes charrie en général une vision strictement nationale du conflit et demeure axé sur les faits d'armes, ainsi que sur la filiation des Rébellions à l'intérieur du long processus de résistance du peuple québécois. On cherchera en vain sur le Web les traces de recherches vraiment novatrices ou de véritables forums qui puissent relayer les débats qui occupent présentement l'historiographie, au contraire. Ironiquement, le plus high-tech des moyens de communication charrie le plus souvent à propos des Rébellions de 1837-1838 des problématiques débattues durant les années 1950 et 1960. On se retrouve en général en plein Lionel Groulx ou, au mieux, dans le monde de Maurice Séguin. Du côté anglophone, c'est à peu près le même phénomène qu'on remarque. Les quelques sites en anglais portant sur la Rébellion dans le Haut-Canada, de même que le contenu produit par les institutions fédérales, véhiculent en général des idées rappelant la Whig Interpretation; où les rebelles jouent le rôle de «champions de la liberté», précurseurs du gouvernement responsable. On dirait le monde de Frank Underhill ou, au mieux, de Geb Martin.

II. Les Rébellions sur Internet, une histoire populaire

Ces constats nous permettent immédiatement d'induire une première réponse à l'une de nos questions de départ. Qu'est-ce qui explique que les Rébellions trônent littéralement au milieu des contenus portant sur l'histoire du Québec sur la toile ? Notre recension, qui s'est étendue sur environ deux mois durant l'hiver de 2002 nous a en effet permis de retracer au bas mot 98 sites Web abordant de près ou de loin cette thématique. En explorant les sites concernés, on voit rapidement poindre les ressorts de cette popularité.

1. La problématique des Rébellions, telle qu'illustrée par la plupart des sites, présente de profondes ressemblances avec celle du Québec actuel. Les enjeux, les idéaux, les intérêts, voire les acteurs eux-mêmes semblent analogues dans le Bas-Canada de 1837 et le Québec de 2002. Le site de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal suggère ainsi que «la lutte des Patriotes exprime parfaitement la capacité du nationalisme québécois à associer l'affirmation d'une identité nationale et la reconnaissance des autres cultures». Ainsi instrumentés, les canons de 1837-1838 raisonnent avec un nouvel éclat. Peu d'autres événements de l'histoire du Québec nous ont semblé à ce point récupérés par l'actualité. À ce titre, le cinéaste Pierre Falardeau bat la marche et ses suivants, jeunes et issus des classes moyennes urbaines, sont nombreux sur la toile.

2. La dimension militaire de la crise qui suscite beaucoup d'intérêt et qui permet de placer les Rébellions dans le volet de l'histoire militaire, domaine très populaire sur Internet.

3. La diversité des dimensions associées à ces événements fait que les Rébellions sont abordées, de manière transversale, par de nombreux sites. La plupart des champs en histoire du Québec croisent en effet, d'une manière ou d'une autre, la comète rebelle, dont les ramifications s'étendent aux champs du politique, du social et du culturel. On trouvera ainsi sur le Web de nombreuses pages comme «femmes et rébellions», «Irlandais et rébellions» ou même «textile et rébellions». On croisera donc sur Internet de nombreuses informations sur ces événements, mais provenant de sites consacrés aux questions les plus diverses.

4. De la même manière, la richesse lexicale des thèmes apparentés aux Rébellions accroît leur visibilité sur la toile. Cette particularité est déterminante, puisque la recherche par «mots-clés» est inhérente à Internet. Ainsi, quiconque connaît un peu ces événements est en mesure de facilement opérer une recherche à partir de nombreuses expressions de recherche: «Rébellions», «1837-1838», «patriotes», «Papineau», «Saint-Eustache», «Saint-Denis», «Mackenzie» ou «de Lorimier», etc.

5. Le grand nombre de participants à ces événements, généralement bien identifiés et documentés. Ce trait suscite en particulier l'intérêt de l'imposant contingent de cyber-généalogistes, soucieux de célébrer le rôle d'un ancêtre parmi les acteurs,de même que des promoteurs de l'histoire régionale désireux, encore là, de faire ressortir le rôle de leur communauté dans le cadre d'événements «glorieux».

6. Enfin, convenons-en, l'imposante iconographie des Rébellions – pensons aux lithographies de Charles Beauclerk ou aux dessins de Jean-Joseph Girouard ou de Henri Julien - peut avoir encouragé les webmestres à diffuser des pages attrayantes et riches en images fortes tirées de l'univers graphique des Patriotes.

À leur manière, les analogies entre Internet et un média de masse, ainsi que le désistement des historiens universitaires ont aussi joué en faveur de la prolifération de sites sur les Rébellions, en tant qu'épisode à la fois «spectaculaire», «populaire», «émotif» et, donc, assimilable par la culture de masse mais, en même temps, coupé des débats historiographiques et abandonné à la passion des historiens bricoleurs.

C'est pourtant à ce «travers» que nous entendions nous attaquer en lançant dès 1995 le tout premier site consacré aux Rébellions de 1837-1838. Notre objectif essentiel était en effet de promptement aménager un carrefour où spécialistes et amateurs pourraient échanger à propos de leurs méthodes et de leurs recherches. En somme, à mesure qu'elle se manifeste, canaliser l’énergie des chercheurs, plutôt que de la voir se disperser dans des projets sans lendemain. Sept ans plus tard, on est à même de tirer des conclusions qui corroborent la plupart des constats formulés plus haut.

Disons d'abord que très tôt nous avons pu compter sur l'enthousiaste collaboration d'historiens amateurs, généalogistes, chercheurs isolés ou étudiants. En revanche, aucun lien n'a pu être établi avec des historiens universitaires, spécialistes du XIXe siècle québécois ou avec des groupes de recherche intéressés à cette période, ceux-là même qui ont pourtant pour tâche de proposer des contenus pertinents et autorisés. Ceux-ci continuent apparemment à préférer publier dans des revues scientifiques au tirage exsangue, vraisemblablement parce qu'elles demeurent le seul forum reconnu par les bailleurs de fonds de la recherche universitaire.

Le site a par ailleurs rencontré un remarquable succès auprès du public internaute. Depuis 1999 seulement, plus de 121 000 internautes ont accédé au site et y sont restés en moyenne 11 minutes. Ces internautes nous ont largement aussi témoigné leur appréciation et disent en général avoir trouvé ce qu'ils y cherchaient. De nombreux moteurs de recherche permettent de s'y retrouver à travers une documentation touffue et une petite routine, enserrée dans le robot de recherche, permet de situer les champs d'intérêt des visiteurs.

Expressions de recherche proposées dans le principal moteur de recherche du site Les Patriotes de 1837@1838, entre janvier et mai 2002

Mots-clés Occurrences

Bataille de 75

Drapeau 64

De Lorimier 38

Déclaration d’indép. 28

Anecdotes 25

Fils de la liberté 24

Saint-Eustache 24

Chénier 16

Nelson 13

Papineau 11

Autres mots-clés 2 232

Une autre routine nous a permis de vérifier, parmi les 1 244 articles du site, lesquels ont été consultés le plus souvent.

Articles consultés le plus souvent sur le site Les Patriotes de 1837@1838

Article Consultations

Chronologie des événements (1760-1840) 154

Les Fils de la liberté 83

Déclaration d'indépendance (28 fév. 1838) 64

Les pendaisons du 15 février 1839 39

Les célébrations de la bataille de Saint-Denis (nov. 2001) 28

Autres consultations d'articles 2 844

Ces dernières remarques à propos de notre expérience, ainsi que ces quelques chiffres, permettent à leur tour de confirmer certains de nos constats de départ.

1) D'abord l'absence sur le Web d’historiens universitaires, même quand leur concours est sollicité et souhaitable.

2) À l'inverse, l'intérêt des historiens amateurs et du grand public pour cette thématique.

3) L'intérêt pour l'histoire militaire (bataille, Chénier, Saint-Eustache).

4) Le lien qu'ont tendance à établir les internautes entre les Rébellions et les enjeux actuels de la société québécoise (déclaration, indépendance, De Lorimier, célébrations).

5) Enfin, le très grand nombre de noms propres (1660) parmi les expressions de recherche traduit l'intérêt généalogique et identitaire pour ces événements; le plus souvent afin de trouver parmi les acteurs de 37-38 un ancêtre ou un patronyme.

III. REVUE DES SITES

Deux maîtres mots frapperont quiconque réalise une recherche sur le Web à propos des Rébellions : DÉSORDRE et REDONDANCE. Désordre car la plupart des sites historiques ont une vocation généraliste et tentent de faire un peu de tout: présenter des documents, offrir des biographies, résumer les faits historiques, interpréter le passé. Ces sites ont en outre généralement tendance à déborder la période des insurrections. Le résultat est évidemment inégal et un certain désordre règne puisque la plupart ne tentent pas de procéder à un départage des champs d'expertise ou simplement de collaborer. La principale conséquence de ce désordre est bien sûr l’impressionnante redondance d'un site à l'autre. Non seulement se copient-ils à l'occasion, mais, étant donné que la description des faits est généralement succincte, on a droit, à des dizaines de reprises, au récit de la bataille de Saint-Denis, mais très rarement à une analyse approfondie d'un phénomène précis. Ainsi, si on exclut notre propre site, on atteint à peine quelques centaines de pages de contenu original, soit la taille d'un livre comme celui de Gérard FILTEAU ou de Jean-Paul BERNARD. En revanche, l'interprétation et le ton empruntés peuvent beaucoup varier d'un site à l'autre. Les mêmes informations de base étant tantôt présentées dans un cadre pédagogique sombre et détaché, tantôt servies dans une ambiance révolutionnaire appelant patriotes et felquistes au Grand soir de la libération des peuples.

Héros obscurs et oubliés, vous mourûtes ici dans la généreuse et «grande illusion» que votre sang versé par les armes libérerait votre peuple de son carcan colonial. Je vous appelle au nom de tous les miens à entrer au panthéon imaginaire de notre histoire […]. Le conquérant d'hier eut sans doute souhaité que vos noms disparaissent à jamais de nos mémoires. Comme ses descendants d'aujourd'hui qui voient dans le moindre attachement à nos racines, la moindre exaltation ou promotion de nos valeurs nationales, une menace à ses pouvoirs dolosifs confortés par l'Acte d'Union de 1840, et le fort bien nommé Acte de l'Amérique du Nord «Britannique» de 1867, ci-devant maquillé sous le nom de Confédération canadienne […]. Il est le début, le commencement, la continuité et le renouvellement incessant de nos déboires et des avatars qui suivirent […].


Dans cette médiagraphie des sites consacrés aux Rébellions, distinguons d'emblée les institutions gouvernementales qui tentent de proposer du matériel autorisé et validé par des professionnels. Disons d'une manière générale que le matériel original produit par ces institutions pour le Web n'est pas plus riche qu'ailleurs. On en est encore aux Archives nationales du Québec aux «capsules» insipides et même au quiz interactif. Comme si une pléthore de sites-maison ne s'en chargeaient pas déjà ! En revanche, leur contribution est tout à fait essentielle et pertinente quand elle consiste à mettre à la disposition du public et des chercheurs des sources manuscrites autrement accessibles qu'en archives ou dans quelques rares bibliothèques. Il faut ici souligner l'effort remarquable réalisé par la Bibliothèque nationale du Québec qui a numérisé et rendu accessible sur le Web à peu près l'ensemble des ouvrages libres de droit de sa collection et donc une impressionnante collection de récits, d'études et d'essais du XIXe siècle et absolument essentiels à l'étude des Rébellions. Au niveau de l’ensemble du Canada, le site Notre mémoire en ligne remplit le même mandat de bibliothèque numérique. Divisé par collections, la plupart sont accessibles à tous à l’exception des Publications officielles. Ce site a été mis sur pied par l'Institut canadien de microreproductions historiques en partenariat entre autres avec Patrimoine canadien, la Bibliothèque nationale du Canada, la Bibliothèque nationale du Québec et l’Université Laval.

D'autres initiatives méritent d'être soulignées, comme la diffusion sur le site de l'Assemblée nationale du Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992. Un fait ressort cependant. Ce qu'on trouvera de plus intéressant sur Internet se résume à la reproduction de sources autrement disponibles sur papier; le profit du Web se limitant pour l'instant à rendre disponible cette documentation.

La plus importante contribution originale du Web à la recherche historique sur un sujet comme les Rébellions se trouve du côté des sites généalogiques. Les généalogistes sont parmi les pionniers d'Internet et, juste en terme du nombre de sites, y occupent toujours une place prépondérante. Les généalogistes sont rarement perçus comme à l’avant-garde de la recherche historique. Ce sont pourtant eux qui ont le mieux su s’approprier et utiliser les technologies en ligne adaptées à la méthode historique. La force de tels sites est leur très grande coopération - en terme d'échange d'informations et de réseau d'hyperliens les rivant les uns aux autres - et l'usage systématique qu'ils font des banques de données relationnelles de type SQL, essentielles à la recherche sur de gros corpus et à partir de plusieurs critères de recherche. Le site Family Search est un incontournable. Mis sur pied par The Church of Jesus Christ of the Latter-day Saints (mormons), il propose des données généalogiques pour plusieurs pays. Pour le Canada, on trouve des informations sûrs à peu près toutes les familles recensées du XVIe siècle à la fin du XIXe siècle. Au niveau régional et directement en lien avec les Rébellions, on consultera le site de la Société de Généalogie de Saint-Eustache qui offre des ressources en ligne dont le recensement de 1831, des index de terriers et cadastres, des registres paroissiaux et de cimetières ainsi que le plan du village de Saint-Eustache en 1837. D’autres sites spécialisés se sont intéressés aux Rébellions comme le site New France: Genealogy for descendants of the French colonists of North America qui présente la liste complète par ordre alphabétique des 1 058 prisonniers arrêtés de 1837 à 1840 au Bas-Canada.

Ces dernières années ont en particulier vu l'explosion du nombre de sites à portée pédagogique relatifs à l'histoire du Québec et des Rébellions. Le plus souvent l’œuvre de professeurs de niveau secondaire et collégial, ces sites ont l'avantage de généralement bien organiser la matière en «blocs» ou «modules», quoique parfois d'une manière un peu trop didactique. Les professeurs qui souhaitent lancer leurs élèves dans la recherche historique sur le Web constateront donc que certains de leurs collègues ont déjà confectionné pour eux une bonne douzaine de pages Web dont le contenu s'avère en général sobre et rigoureux. L'intérêt de ces sites s'arrête en général là, puisque ces pages pédagogiques, le plus souvent réalisées avec des ressources dérisoires et à même les temps libres des professeurs responsables, ne satisferont ni le chercheur ni même l'étudiant sérieux. Mentionnons cependant une exception notable à propos des Rébellions, le travail original et approfondi de deux enseignants de niveau secondaire qui ont monté l’imposant site De l'affrontement à l'Union de 1840 et qui déborde largement le contenu généralement abordé dans le programme d’histoire du secondaire et collégial. Une des forces de ce site est son contenu original sur des sujets moins abordés par des sites généralistes. Pour le niveau collégial, voir en particulier Les Rébellions des Patriotes de 1837-1838 qui est spécialement conçu pour accompagner les élèves du cours d’histoire du Québec et qui propose une chronologie, un lexique, des cartes, une bibliographie, des liens, des tests de révision de même que des présentations multimédia. L’interface est en outre attrayante et abondamment illustrée.

Au sortir d'une requête dans un engin de recherche avec les mots «patriotes» ou «1837-1838», on voit pourtant apparaître des centaines de références ! C'est que la plupart d'entre elles renvoient à des sites plus ou moins liés à des entreprises de biens et services, écoles ou même équipes sportives. Que ce soit un site touristique vantant une région et «ses glorieux patriotes», ou une auberge «ayant appartenu à un patriote», les ressorts publicitaires inhérents aux Rébellions peuvent donner l'apparence de la profusion. Ces sites ne fournissent cependant que rarement des informations approfondies et leur teneur dépasse rarement le niveau d'un manuel scolaire. Même des institutions publiques intimement liées au thème des Rébellions semblent s'évertuer à nous en dire le moins possible. Le site de la Maison nationale des Patriotes ou celui du Musée de Saint-Eustache et de ses Patriotes nous entretiennent surtout de leurs heures d'ouverture et de leur programme pédagogique. Le centre d’interprétation dédié aux patriotes qui présente le plus d’informations historiques sur son site Web demeure le Lieu historique national du Manoir-Papineau bien qu’il se consacre surtout à la période post-Rébellions.

Un dernier pan important est constitué des sites consacrés à faire la promotion d'une option politique, généralement la souveraineté du Québec. Bien sûr il y a là beaucoup de raccourcis périlleux où la «lutte des Patriotes» est d'une manière très intime associée aux enjeux actuels de la société québécoise. L'usage systématique du drapeau de Saint-Charles (vert-blanc-rouge) est presque devenu synonyme de nationalisme «radical» grâce au travail de ces zélotes. De même, le «Vieux de '37», dessin de Henri Julien d'abord réalisé pour émailler un poème de Louis Fréchette, est devenu, avec son mousquet bien dressé, le symbole de l'accession à la souveraineté par le plus court chemin possible.

Reste que ces sites militants nous réservent de belles surprises. Un des plus complets est certes 1837: Nos héros. Plusieurs aspects des Rébellions sont abordés, dont la description des combats, une liste des prisonniers et des exilés et des documents historiques entre autres. Mais la plus remarquable réalisation à ce chapitre vient du collectif autour de Vigile. Clairement consacré à faire la promotion de la souveraineté, Vigile ne néglige aucun chantier, y compris l'histoire, pour étayer ses thèses. Le site de Vigile offre une abondante revue de presse sur les Rébellions et permet l'échange de vues. Collaboration, débat, distribution large de toutes les sources recueillies et des recherches les plus avancées, voilà l'usage que les historiens de métier devraient faire du Web. Des sites comme celui-ci ne bénéficient pourtant pas de ressources spécifiques. Ils tirent simplement tout le potentiel qu'Internet offre. Reste à espérer qu'un tel potentiel soit au plus tôt utilisé par ceux et celles qui pourraient en profiter pour diffuser avec la même prodigalité un contenu objectif, à la fine pointe des connaissances.

En conclusion, les historiens qui ne touchent pas à Internet peuvent se rassurer ; on y trouve encore peu de contenus inaccessibles autrement. Qu'ils prennent cependant acte que cette vacuité leur est largement attribuable. Par conséquent, comme l'a montré l’exemple de la télévision au XX siècle, si Internet est abandonnée sans partage aux marchands et aux démagogues, les intellectuels québécois auront manqué une nouvelle occasion de faire quelque chose de bien avec un média remarquable.
 


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 lefebvre louis albert  (21 octobre 2008)
nous habitons leurs maison et aimerions avoir de l information sur la famille Lefebvre a st remi de napierville

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