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Les Patriotes de 1837@1838 - La fête de la Saint-Jean-Baptiste de juin 1926
 ANALYSE 
     
La fête de la Saint-Jean-Baptiste de juin 1926
Article diffusé depuis le 2 janvier 2012
 




La Saint-Jean-Baptiste de 1926 constitue apparemment la première où l’on ait revisité l’image des Patriotes. On peut dès lors parler d’une réhabilitation de leur image jusqu’alors très controversé. Depuis 1842, année de la première procession de la Saint-Jean-Baptiste dans la ville de Québec, les société Saint-Jean-Baptiste de l’ensemble de la province organise les processions du 24 juin. Leur double objectif est « […] non seulement d’honorer le Saint mais encore de profiter à ceux qui se sont mis sous sa protection, par une union des canadiens de classes différentes vers un seul et même but, l’amélioration et la protection de tous mutuellement et respectivement. » (Le Fantasque, 23 juin 1842). Au cours de la décennie 1924-1934, on assiste à une revalorisation de l’histoire des Canadiens-français (Figure 1). Les processions montréalaises mettent de l’avant des thèmes comme « Ce que l’Amérique doit à la race française », « Vision du passé » et « Je me souviens ». Montréal fut certainement plus encline à leur redonner une place dans l’histoire nationale, les processions décrites dans les journaux de l’époque nous donnent une bonne idée des différences entre la Métropole et le reste du Québec.

Montréal

L’édition du 23 juin 1926 de La Patrie parle d’elle-même (Figure 2). La page couverture présente le monument qui doit être dévoilé le lendemain à l’ancienne prison du Pied-du-Courant, avec en arrière-plan un soleil levant qui éclaire le drapeau patriote volant et côtoyant des feuilles d’érables. Pareille représentation, ne fait nul doute sur la position du journal et sur son intention de réhabiliter les Patriotes. Un supplément de 24 pages est accordé à un « Spécial Patriotes » ou les articles porte des titres comme : « Louis-Joseph Papineau : Vu à distance», « L’Assemblé des six comtés », « Aux Martyrs de nos libertés politiques », « C’est la faute à Papineau », « Un curé Patriote : Magloire Blanchet », « 1837 : Leçon de liberté politique et d’énergie française » et « Ce que dit un député du temps des origines parlementaires des premières émeutes de 1837 » pour n’en nommer que quelque uns. Ces articles portent pour la plupart sur la réhabilitation progressive des hommes de 37-38. Ils constituent un acte d’apologie à leur égard. Dans un article intitulé « Fête du souvenir » le journaliste décrit la réputation que les Patriotes portent : « Opportunistes et peureux ont longtemps calomnié les gens de 1837. Alors qu’on leur rendait ailleurs un juste hommage de réparation […] il s’est trouvé des nôtres pour les traiter d’insensés de téméraires et de mauvais citoyens. L’Histoire ne juge pas ainsi. Aujourd’hui l’on sait et l’on dit que ces héros mal connus nous ont gagnés nos libertés politiques. » (La Patrie, 23 juin 1926).

La Saint-Jean-Baptiste montréalaise de 1926 est organisée par deux évènements majeurs : le dévoilement du monument La Liberté aux ailes brisées, sculpté par Alfred Laliberté, et le défilé de 34 chars allégoriques dont faisait partie « ceux dédiés aux patriotes» (Le Canada, 25 juin 1926). Le tout fut organisé par les différentes sections de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal, qui s’unirent pour l’occasion. Selon La Patrie, 200 000 personnes prirent part aux festivités que ce soit lors du défilé, de la messe tenue à l’église Saint-Jean-Baptiste, du dévoilement du monument et de son inscription « Vaincus dans la lutte, il on triomphé dans l’histoire », du feu de joie allumé dans le Parc LaFontaine ou encore durant le banquet au National. L’inscription de La Liberté aux ailes brisées est intéressante, car elle fait référence à l’obtention du gouvernement responsable. Était-ce ce que les Patriotes revendiquaient ultimement ? Pourquoi ne pas avoir fait mention du rêve Républicain ? Peut-être était-ce une façon de les rendre plus acceptable au sein d’un Canada. Lui qui était symboliquement intégré aux fêtes par l’action du Lieutenant-gouverneur du Québec, Narcisse Pérodeau, qui eut l’honneur de dévoiler le monument.

Les Saint-Jean-Baptiste montréalaises de la décennie 1924-1934 marquent une rupture dans le mode de commémoration utilisé ; le coté historique devient prédominant et est sur un pied d’égalité avec la glorification du Saint Patron, du moins à Montréal. « Sachons également nous inspirer du symbole de cette fête qui nous rappelle les luttes du passé et notre survivance énergique qu’on a à maintes reprises désignée comme le miracle canadien. » (Le Canada, 23 juin 1926). En outre, la célébration montréalaise de 1926, marque la réhabilition des Patriotes en tant que symbole identitaire national par une apologie exhaustive : « Les patriotes de 37-38 nous ont donné l’exemple de l’énergie. Notre société s’efforce d’enseigner cette énergie qui veut dire la résistance aux concessions que l’on réclame de nous, en flattant notre esprit de tolérance et de générosité. » (Le Canada, 25 juin 1926). Dire que la représentation des Patriotes sera dorénavant positive est imprudent. Néanmoins, la constatation est inévitable, cette Saint-Jean-Baptiste marque une réconciliation avec la lutte des Patriotes qui possède d’ardents défenseurs autant dans la presse montréalaise que chez l’élite municipale.

Québec

Je vais me prêter au même exercice que j’ai fait en décrivant la première page de la Patrie, en décrivant cette fois la première page de l’Action Catholique, quotidien lu par les ruraux des alentours de Québec. Celle-ci représente Saint-Jean-Baptiste qui baptise le Christ surplombé d’une colombe et de feuilles d’érables (Figure 3). Le programme officiel de la procession de Québec est présenté dans cette même édition (l’Action Catholique, 23 juin 1926)

La procession est organisée en dix divisions. La première est composée des employés des services municipaux (pompiers et policiers). Puis viennent les zouaves et le drapeau pontifical et de Carillon. Suivi des société Saint-Jean-Baptiste de l’Ancienne-Lorette, Sillery, Charlesbourg, St-Louis de Courville et Québec-Ouest. La quatrième division, est composée des Société Saint-Jean-Baptiste de Limoilou, Ste-Foy, St-Grégoire, N.-D. de la Garde, Bienville, Lauzon et Lévis. Puis suit les société Saint-Jean-Baptiste de Manrèse, S.-C. de Marie, Stadacona et St. François d’Assise. La sixième est composée de la fanfare, des cadets et de la Société Saint-Jean-Baptiste de St-Romuald. La septième a pour chars allégorique « Le timbre bilingue », « l’Angélus du laboureur » et « LaFontaine défendant ses droits », le tout conduit par des cadets et un petit Saint-Jean-Baptiste. La huitième a pour chars allégorique « Mgr Laval », « l’Arrivée des Récollets » et « Dollard des Ormeaux » conduit par des cadets ». La neuvième a pour chars allégorique « Le Pionnier », « Petit Saint-Jean-Baptiste » et « Jacques Cartier » conduit par une Fanfare. La dernière division est composée d’échevins, des présidents généraux de la Société Saint-Jean-Baptiste, des ministres et députés, du Premier ministre et du maire de Québec.

Cette longue description nous informe très bien sur les thèmes que le défilé de Québec a choisi dans sa commémoration. Les innombrables société Saint-Jean-Baptiste nous indiquent leur importance et leur indépendance. Les chars allégoriques son essentiellement d’ordre catholiques, ruraux et agricoles, témoins de la Nouvelle-France et fédéraux. Nulle place aux Patriotes, qui sont probablement trop subversifs pour être à l’avant scène avec autant de politiciens.

Bref, la société Saint-Jean-Baptiste de Québec résume bien ses souhaits en ce jour de célébration « Parlons bien notre belle langue française afin de la faire respecter ; Soyons fidèle à notre foi Catholique, Apostolique et Romaine, rempart de notre race, sauvegarde de notre patriotisme » (l’Action Catholique, 23 juin 1926).

Ailleurs dans la Province

À Trois-Rivières, la fête est célébrée et on lui accorde une importance. « Nous devons savoir gré aux directeurs de notre Société Saint-Jean-Baptiste nouvellement remise sur des bases solides, de n’avoir pas permis à la fête de passer inaperçue malgré des circonstances adverses. » (Le Bien Public, 22 juin 1926) Elle est organisée, comme à Montréal et Québec, par une section de la Société Saint- Jean-Baptiste. Sa célébration est axée sur le lointain passé et les ecclésiastiques. « Il est entendu que tout nos discours patriotiques du 24 juin payent un large tributs d’hommages à ceux qui ont été les constructeurs à la fois de notre pays et de notre race. Les missionnaires, les découvreurs, les pionniers de la terre et fondateurs de foyers, revivent sous nos yeux l’œuvre magnifique qui les a immortalisés. » (Le Bien Public, 22 juin 1926) Au lieu des Patriotes, on commémore plutôt la Confédération qui, au sens de M. Magnan, président de la Saint-Jean Baptiste de Québec, fut à l’origine de l’autonomie de la province de Québec et de la survivance canadienne-française. « […] les constructeurs de notre constitution canadienne, se sont révélés, par leur sens politique, être les égaux des hommes d’état anglais » (Le Bien Public, 22 juin 1926)

À Saint-Hyacinthe, l’hebdomadaire Le Clairon ne fait pas mention de la Saint-Jean-Baptiste dans ses éditions des 18 et 25 juin

À Saint-Jean sur Richelieu, on fait mention de la célébration de la Saint-Jean-Baptiste à l’hôtel de ville, l’article est d’une dizaine de lignes. (Le Canada français, 24 juin 1926)

À Rimouski, un seul char allégorique sur 29 fait mention des Patriotes. Alors que les barbiers, boulangers et plâtriers on le leur, le char intitulé « Les Vieux » représente la bourgeoisie de 1837, et non les Patriotes en tant que telle. L’omniprésence du coté clérico-nationaliste qui représente le « vrai patriote » comme celui qui se voue au culte du Christ et à l’agriculture, marque le refoulement de l’histoire nationale, et ses antécédents libéraux. « Notre Patriotisme est et doit être essentiellement catholique » (Le Progrès du Golfe, 25 juin 1926) Les Patriotes ne sont pas prêts d’être réhabilités à Rimouski...

Au Lac St-Jean, Le Colon, organe principale du comté du Lac St-Jean, diffuse une publication le 24 juin 1926 (ce qui est surprenant car la plupart des journaux chôme la journée). On peut constater qu’aucune mention de la Saint-Jean-Baptiste n’y est faite. Cela en dit long sur sa célébration.

En Abitibi, La Gazette du Nord fait mention des célébrations d’Amos, de Limoilou et de Belcourt dans son édition du 25 juin 1926. Les messes, un défilé ainsi que des discours patriotiques prononcés par le curé sont à l’honneur à Amos et Belcourt. À Limoilou, on prévoit une messe et la commémoration du sacrifice des soldats canadiens-français envoyés en Europe durant la Grande Guerre.

Conclusion

En cherchant dans dix journaux de l’époque j’ai pu reconstituer les Saint-Jean-Baptiste de 1926 d’un peu partout en Province. Je tiens à rappeler que l’année choisie n’est pas fortuite, car c’est durant cette année que Montréal organisait la Saint-Jean-Baptiste en rendant hommage aux patriotes, notamment pas l’inauguration d’un monument en l’honneur des Patriotes pendus. En comparant les célébrations de Montréal à celles des autres villes, j’ai pu me rendre compte que la commémoration des Patriotes est isolée à Montréal. On peut expliquer ce constat de plusieurs manières. Premièrement, le fait que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal ait organisé une thématique n’influence en rien celles d’ailleurs (dont les 17 participante au défilé de Québec), simplement parce que les célébrations de 1926 n’était pas dirigées par un organisme national comme aujourd’hui, mais bien au contraire par des société indépendantes. Deuxièmement, le fait que les rébellions de 1837-1838 eurent, pour la plupart, lieu dans la grande région de Montréal ait pu sensibiliser ses citoyens à réhabiliter leur image en tant que symbole identitaire nationale plus rapidement qu’ailleurs. Troisièmement, on peut interpréter cette commémoration en raison d’un Montréal plus propice aux idées libérales qu’un Québec très conservateur et plongé dans le clérico-nationalisme.

Simon Rioux Rivard

Bibliographie

RUMILLY, Robert. « Histoire de la société Saint-Jean-Baptiste de Montréal : Des Patriotes, au Fleurdelisé », Montréal, L’Aurore, 1975, 559p.

JOLY, Diane, « Processions de la Saint-Jean-Baptiste à Montréal », 2007. Texte disponible au http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-128/Processions_de_la_Saint-Jean- Baptiste_%C3%A0_Montr%C3%A9al.html. Consulté en décembre 2011.

 


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