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Les Patriotes de 1837@1838 - Le premier gouvernement LaFontaine-Baldwin (octobre 1842) Aux sources du gouvernement responsable
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Le premier gouvernement LaFontaine-Baldwin (octobre 1842) Aux sources du gouvernement responsable
Article diffusé depuis le 1 janvier 2012
 




Aujourd'hui considérés comme les pères du gouvernement responsable canadien, Louis-Hippolyte La Fontaine et Robert Baldwin entretenaient un partenariat politique qui a évolué en véritable amitié dès 1840. Pour saisir l'importance de la naissance premier gouvernement LaFontaine-Baldwin, il est nécessaire d'établir une très brève biographie politique des deux protagonistes et de dresser un rapide portrait du contexte historique dans lequel ceux-ci baignent à cette époque. Le présent travail se présentera d'une manière strictement chronologique, couvrant la période comprise entre l'assermentation du gouverneur Lord Sydenham, le 5 décembre 1841, jusqu'à la démission en bloc des membres du ministère LaFontaine-Baldwin le 23 novembre 1843.

Louis-Hippolyte La Fontaine (dit LaFontaine) entre en politique en 1830 et est élu à Terrebonne. Membre du Parti Patriotes et réputé comme étant «un des députés les plus anticléricaux» (DBC, «La Fontaine, Louis-Hippolyte»), il accompagne Papineau jusqu'au début des troubles de 1837, puis il changera de position. «En soulignant la priorité des « opinions » plutôt que des « origines » ethniques dans la formation des partis, La Fontaine rencontrait, sans le savoir, les vues du réformiste haut-canadien Francis Hincks.» (DBC, «La Fontaine, Louis-Hippolyte»). La publication du rapport du Lord Durham provoqua un mélange d'émotion chez lui. Certes, il dédaignait l'opinion condescendante du gouverneur envers le peuple Canadien français, mais il finit par se rallier à l'Union qu'il jugeait inévitable.

Robert Baldwin, quant à lui, débute sa vie politique en collaborant souvent avec son père et son beau-frère. Il est élu dans la ville d'York lors d'une élection partielle en décembre 1829 puis entre à l'Assemblée après une deuxième victoire, le 30 janvier 1830. Militant pour une réforme des institutions, il considérait le concept de gouvernement responsable comme une solution adéquate aux problèmes politiques de l'époque. Les deux hommes ayant des idées politiques similaires, ils débuteront leur correspondance dans le contexte de l'Union forcée des deux Canadas proposé par Lord Durham.

Le 26 novembre 1840, Baldwin écrit à LaFontaine : « [...] je souhaite plus ardemment que jamais que l'Union soit proclamée [...]. Toutefois, mon cher Monsieur, tandis que les réformistes du Haut-Canada sont disposés à faire toutes les concessions nécessaires [...] il sont déterminés aussi, comme je suis porté à le croire, à s'associer cordialement, tels des amis, à leurs frères du Bas-Canada [...]» (LAFONTAINE, 2002 : 26). Ce passage témoigne de la relation qu'entretiendront les deux hommes au cours des années qui suivront.


Naissance du premier ministère LaFontaine-Baldwin

Le 5 février 1841, Charles Poulett Thompson arrive au Canada et annonce l'union du Haut-Canada avec le Bas-Canada, conformément aux ordres de la Grande-Bretagne pour le 10 février, date où sera proclamé nouveau gouverneur du Canada-Uni, succédant à Lord Durham. Trois jours plus tard, Sydenham organise son ministère. Il formera le gouvernement Draper-Ogden, du nom des deux procureurs généraux, conservateurs et opposés aux réformes libérales. «Cette administration était composée d'hommes appartenant à des nuances politiques tout à fait opposées» (TURCOTTE, 1871 : 55) Parmi les ministres du Haut-Canada se trouve Robert Baldwin, aux idées libérales, ayant déjà la confiance du parti réformiste. Le ministère n'a cependant pas la confiance des bas-canadiens. Conscient que «sans le concours des députés libéraux du Bas-Canada, le gouvernement ne possèderait ni force ni stabilité» (TURCOTTE, 1871 : 57), Sydenham offre un poste à LaFontaine. Celui-ci refuse, désirant conserver son indépendance politique en plus qu'il se «serait ainsi trouvé presque sans influence au milieu de collègues qu'il considérait comme ses ennemis politiques» (TURCOTTE, 1871 : 56). Lord Sydenham n'agissait pas réellement dans le sens du gouvernement responsable qu'il était venu instaurer. Il fixera les élections pour le 19 février 1841. «Fixer les élections en plein hiver, lorsque les chemins sont peu praticables indique déjà que l'on cherche à réduire la participation des Canadiens francophones» (LACOURSIÈRE, 2008 : 12). Ces élections se dérouleront dans la corruption et la violence jusqu'au 8 avril. En guise de protestation, Baldwin démissionne dès l'ouverture de la première session du Parlement de l'Union le 14 juin 1841. «Il pose donc ainsi, dès le début, le principe de la responsabilité ministériel» (LACOURSIÈRE, 2008 : 14). Pour sa part, LaFontaine, qui se présentait à Terrebonne se retire au dernier moment.

Dès le 15 août, Baldwin et son père envisagent l'élection le LaFontaine dans la quatrième circonscription d'York. Le 21 du même mois, il est choisi comme candidat de cette division d'York puis, exactement un mois après, il y sera élu. «Cette élection d'un Canadien français catholique, ancien lieutenant de Louis-Joseph Papineau, par des électeurs anglophones protestants du Haut-Canada veut démontrer l'alliance entre les réformistes des deux Canadas.» (Chronologie parlementaire depuis 1791) Mentionnons que le 13, l'Assemblée a pris la décision de «procéder à la prochaine session à une enquête publique sur les élections à la suite de 17 contestations d'élection [...]» (Chronologie parlementaire depuis 1791), et que, le 19 septembre, le gouverneur Lord Sydenham est décédé. Ce n'est que près d'un an plus tard, le 16 septembre 1842, Baldwin (Hastings, Haut-Canada) et LaFontaine (4e division d'York, Haut-Canada) forme enfin un nouveau ministère. Le 12 janvier 1842, sir Charles Bagot est assermenté comme nouveau gouverneur, succédant à Lord Sydenham.

Dès le premier jour du mois d'octobre 1842, Baldwin écrit à LaFontaine : «Si j'étais défait ici, et afin qu'on ne semble pas tergiverser à ce sujet, nos amis, ils devraient songer à une rapide solution de rechange. Pour ma part j'estime qu'il serait avantageux de choisir une circonscription du Bas-Canada» (LAFONTAINE, 2002 : 50). La semaine d'après, LaFontaine lui répond : «Si vous n'êtes pas élu, de nombreux députés bas-canadiens vous offriront leur siège et l'un d'eux démissionnera immédiatement» (LAFONTAINE, 2002 : 52). Le lendemain, «LaFontaine est réélu [dans le 4e riding d'York] avec une majorité d'une centaine de voix. Le sort de Baldwin n'est pas le même. Les tories lui font une chaude et violente opposition. [...] Les francophones font, pour le chef des réformistes du Haut-Canada, le geste que des anglophones de York venaient de faire pour LaFontaine» (LACOURSIÈRE, 2008 : 19). Ainsi, en décembre de la même année, le représentant de Rimouski, Michel Bourne, démissionnera pour laisser la place à Baldwin, élu sans opposition le 30 janvier 1843 à Rimouski. Notons quand même que le 12 octobre 1842 ont été sanctionnés plusieurs projets loi de loi, dont un acte qui «[...] décrète notamment que dorénavant il y aura un "poll" dans chaque paroisse ou "township" compris dans la circonscription électorale, et que les élections ne dureront que deux jours» (Chronologie parlementaire depuis 1791), et un autre qui rétablit les anciennes limites des villes de Québec et de Montréal, modifiées par Sydenham dans le but de désavantager les canadiens-français aux élections de 1841.

L'année 1843 s'annoncera difficile pour le ministère LaFontaine-Baldwin. En effet, le gouverneur Charles Bagot étant très malade, il suggère à la couronne, au début du mois de novembre 1842, de lui envoyer un successeur. Dans son édition du 25, La Minerve décriera Bagot comme «un homme illustre et auquel surtout le pays et la métropole sont redevables du plus grand bienfait [...]» (La Minerve, 25 octobre 1842), témoignant de la sympathie qu'entretenaient les Canadiens français pour ce gouverneur progressiste. Le 30 mars 1843, Charles Metcalfe entre en fonction en tant que nouveau gouverneur. Jacques Lacoursière nous indique que «le gouverneur Metcalfe ne possède pas la personnalité de son prédécesseur. Pour lui, la responsabilité ministérielle a des limites bien précises. Il veut gouverner au-dessus des partis politiques» (LACOURSIÈRE, 2008 : 19). À l'ouverture de la session du 28 septembre, la question de l'emplacement d'une nouvelle capitale occupe les esprits de tous. Le 26 octobre, une Assemblée a lieu au marché Sainte-Anne, à Montréal, pour que soit choisie la ville comme nouvelle capitale. Dans son édition de cette date, La Minerve traduit des extraits de journaux anglophones et francophobes, enflammés de colère par l'événement, dont un signé par un certain «No Frenchman» : «Ce n'est point ici une question entre Kingston et Montréal, mais une question de suprématie française ou anglaise; et souffrir que le siège du gouvernement soit transféré hors des limites du Haut-Canada serait pour nous un plus grand mal qu'une annexion aux États-Unis» (La Minerve, 26 octobre 1843).

Au milieu du mois de novembre, «à la suite de la démission d'un conseiller législatif, Metcalfe offre le poste à l'un des adversaires [du ministère LaFontaine-Baldwin]» (LACOURSIÈRE, 2008 : 21), ce qui va évidemment à l'encontre du principe du gouvernement responsable. Les deux procureurs généraux n'apprécient guère l'action et convoquent le gouverneur dans une rencontre qui aura lieu le 24 novembre. Trois jours plus tard, le 27 novembre 1843, «lorsque les ministres virent qu'il y avait entre le gouverneur et eux une si grande différence d'opinion et de vues, [...] ils donnèrent aussitôt leur démission» (TURCOTTE, 1871 : 153). Surpris de ce revirement de situation, le gouverneur se trouve sans Conseil exécutif. Le 3 novembre, La Minerve écrit : «Bien que cette grande nouvelle eût transpiré dans les cercles politiques depuis hier au soir, l'annonce solennelle qu'en a faite l'honorable Mr. LaFontaine a produit une profonde sensation dans toute la chambre, comme elle va en une à coup sûr dans tout le pays» (La Minerve, 30 novembre 1843). Conscient qu'il ne peut exercer le pouvoir sans Conseil exécutif, Metcalfe tente de convaincre des Canadiens français à constituer un nouveau ministère. Parmi ceux-ci, seul Denis-Benjamin Viger accepte le poste, pour former un nouveau ministère conservateur avec William Henry Draper, le 12 décembre 1843.

Partageant des opinions politiques similaires, Louis-Hippolyte LaFontaine et Robert Baldwin se sont donc associés après la sanction de l'Acte d'Union pour donner à la nouvelle Province du Canada «une réforme honnête, un gouvernement responsable envers le peuple» (TURCOTTE, 1871 : 60). C'est cependant lors du retour de ce ministère, en 1848, que s'effectueront les changements les plus marquants de l'histoire du Canada. Ancêtre idéologique de Pierre-Elliot Trudeau, LaFontaine voyait dans cette union une chance de contrer les tentatives d'assimilation injustes prescrites par le rapport de Lord Durham et de réformer les institutions politiques du Canada de l'époque. Lui et Baldwin placeront les premières briques dans l'érection du pays que l'on connaît aujourd'hui.

Adrian LeBlanc-Kobylansky


BIBLIOGRAPHIE

Chronologie parlementaire depuis 1791, site de l'Assemblée nationale du Québec

http://www.assnat.qc.ca/fr/patrimoine/chronologie/chrono22.html

Lacousière, Jacques. Histoire populaire du Québec, Volume 3, Québec, Éditions du Septentrion, 2008. 494 pages.

La Fontaine, Louis-Hippolyte. Correspondance générale, Tome 1 : Les ficelles du pouvoir. Textes rassemblés par George Aubin, Montréal, Éditions Varia, 2002. 227 pages.

Turcotte, Louis-Philippe. Le Canada sous l'union, 1841-1867. Presse du Canadien, Québec, 1871. 608 pages.

 


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